Les matières organiques valorisables en Polynésie FRançaise (1/5)

Panorama des gisements et des enjeux de valorisation
16 octobre 2026 par
Les matières organiques valorisables en Polynésie FRançaise (1/5)
REY Tiffany

Face aux enjeux environnementaux et agricoles que représente la gestion des déchets organiques en Polynésie française, la CAPL a décidé de se pencher sur la valorisation ces matières en particulier dans le secteur agricole, avec le soutien de l’ADEME. 

Sur un territoire insulaire fortement dépendant des importations, il devient crucial de transformer nos matières organiques en ressources utiles. Plutôt que de les considérer comme de simples "déchets", la CAPL œuvre à leur valorisation pour le secteur primaire. 

Les matières organiques — telles que les restes de cuisine, les déchets verts, les lisiers, ou encore les boues d'épuration — sont une source précieuse de nutriments et leur utilisation permet de restaurer la fertilité des sols et d’améliorer localement notre productivité agricole. 

​Attention : Nous vous rappelons qu'avant tout épandage il est important de respecter les règles de stockage et d’épandage de la réglementation en vigueur en Polynésie française. 

Consulter la règlementation

1. L​es Matières d'origines Agricoles Industrielles et AnimaleS


​LISIERS

Les lisiers sont des effluents d’élevage liquides issus principalement des porcs et des bovins. Leur gisement dépend du type d’exploitation, du cheptel et des pratiques d’élevage locales.


Valorisation des lisiers 

Le lisier est une ressource organique précieuse, riche en azote, qui constitue un excellent apport pour enrichir les sols. Plusieurs méthodes peuvent être mises en œuvre pour optimiser sa valorisation et tirer le meilleur parti de ses propriétés fertilisantes. 

1. Le compostage en litière : Le fumier 

Le fumier est un mélange de déjections animales solides (porcs, poules, bovins ...) et de litière végétale (broyat déchets vert, bourre de coco, sciure...). C’est une matière organique stable qui améliore la structure du sol tout en apportant des nutriments essentiels aux cultures. 

COCHONS

Valorisation de matières végétales en litière pour les cochons.

POULES

Valorisation de matières végétales en litière pour les poules pondeuses.

bourre de cocos

La bourre de coco un excellent substrat pour la litière des animaux d’élevage.


2. L’épandage au champ

L’épandage du lisier liquide au champs est une solution efficace pour enrichir le sol En effet c’est une matière organique riche en azote et en eau qui stimule rapidement la croissance des cultures. Son application doit être raisonnée et respecter la réglementation pour éviter tous risques environnementaux (pollution, odeurs, ruissellement).

Tonne à lisier

Ce matériel est adapté pour épandre efficacement les effluents liquide  d’élevage. Il implique d'être attelé à un tracteur et utilisé sur des surfaces de culture planes.

Sur la photo, une tonne à lisier d'un agriculteur en Nouvelle Zélande. 



3. Les parcs mobiles

À Wallis-et-Futuna, des éleveurs ont expérimenté l'utilisation de parcs à cochons mobiles et électrifiés.

Cette solution innovante s’est révélée particulièrement efficace, combinant plusieurs avantages : 

• Simplicité d’utilisation et faible coût

• Gain de temps pour l’éleveur 

• Réduction des pollutions des sols et de la lentille d’eau 

• Amélioration de la fertilité des sols, entraînant une hausse de la production agricole 

Ce système représente une piste prometteuse pour une agriculture plus durable et mieux intégrée à l’environnement en particulier pour les agriculteurs des îles. 

Expérimentation PROTEGE sur les parcs à cochons tournants électrifiés à Wallis.

Découvrir la vidéo   


FIENTES

Les fientes sont riches en azote, phosphore et potassium et constituent ainsi un fertilisant très intéressant. Toutefois il est nécessaire de respecter la réglementation pour éviter tous risques environnementaux (pollution, odeurs, ruissellement. Tout comme le lisier, elles peuvent être utiliser au champ fraîches ou bien compostées. Le compostage permet de limiter les risques sanitaires grâce à la montée en température qui neutralise certaines bactérie dont la salmonelle. 


Valorisation locale des fientes de poules : un exemple de synergie simple et efficace en Polynésie française.

En Polynésie française, les maraîchers installés à proximité d’élevages de poules pondeuses mettent en place des partenariats gagnant-gagnant. Chaque semaine, ils récupèrent les fientes auprès des éleveurs. Ce système local permet à l’éleveur d’évacuer facilement ses déchets, tandis que le maraîcher bénéficie d’un amendement organique riche pour ses cultures. 

L’épandage est généralement réalisé le jour même avec un enfouissement partielle (premiers centimètres du sol) pour limiter les odeurs.  

La pelletisation des fientes est une piste en réflexion chez certains éleveur. Cela dit cela nécessite des investissements lourds avec un besoin de volumes conséquent de fiente pour être viable. A ce jour c'est une solution encore difficile à mettre en place localement. 


residus de pêche

Les déchets de pêche comprennent généralement têtes et arêtes, les viscères étant évacuées en mer. Les arêtes sont particulièrement riches en phosphore. Ces matières organiques courantes grâce à notre activité de pêche, peuvent être valorisés par compostage ou transformation en engrais organiques. 


Valorisation des résidus de pêche : des solutions locales et durables

En Polynésie française et dans le Pacifique, les résidus issus de la pêche sont une ressource encore sous-exploitée. Pourtant, plusieurs techniques permettent de les transformer efficacement, de manière écologique et économiquement. Voici un tour d’horizon de trois méthodes fonctionnelles de valorisation. 

1. L’engrais de poisson liquide

Fabriqué à partir de résidus de poisson cuits, l’engrais de poisson liquide est un fertilisant naturel, local, utilisable en agriculture biologique et qui est riche en azote, phosphore et potassium. 

Recette artisanale (200 L) : 

  • 30 kg de broyats de poisson cuits 
  • 10 L d’EM (micro-organismes efficaces) 
  • 15 L de mélasse (ou sucre brun) 
  • Environ 140 L d’eau non chlorée 

Fiche technique

Je veux acheter de l'engrais de poisson :

2. Le co-compostage  

Les résidus de poisson peuvent se co-composter avec du broyat végétal. Ci-dessous voici quelques exemples. 

Le co-compostage avec le matériel ROTOvator :

Unité de compostage en système fermé sous forme de cylindre inox avec à l’intérieur une vis sans fin qui permet de mélanger et d’accélérer le processus de compostage. Le système fermé limite les gênes liées aux nuisibles (rats, poules, chiens) et les gênes olfactives. 

  • Faible consommation d’énergie (compatible solaire) 
  • Limitation des odeurs et des nuisibles 
  • Nécessite un bon rapport carbone/azote (déchets verts + résidus de poisson) 

le co-compostage industriel de résidus de poisson

La Nouvelle Calédonie a testé le co-composte des résidus de poisson à grande échelle sur une plateforme de compostage.

  • Traitement de 1,4 tonne/jour de résidus de poisson (non broyés) 
  • Ratio de mélange : 1/3 résidus de poisson, 2/3 déchets verts 
  • Compostage en silo de 350 m³ avec aération forcée 
  • Durée : 1 mois de fermentation, 1,5 mois de maturation, criblage à 0,2 mm 
  • Freins : 75 % du coût lié au transport (55 km entre le gisement et la plateforme)

3. La farine de poisson pour une utilisation en engrais ou en alimentation animale

Le broyage et le séchage des résidus de poisson permet d’obtenir un produit fini qui ressemble à de la farine. Cette farine « concentrée » est plus facilement stockable et manipulable. Elle peut être utilisée en engrais ou en alimentation pour les animaux.  Ci-dessous un exemple de cette valorisation.

valorisation en farine animale en Nouvelle Calédonie 

Une entreprise locale en Nouvelle-Calédonie valorise une partie des 1000T/an de résidus de poisson issus de la pêche hauturière (têtes et arêtes principalement). Une partie est valorisé en farine et une autre en huile. 

Processus : 

  • Traitement dans les 48h 
  • Transformation pour 1 T de résidu : 
    → 30 % de farine 
    → 5 % d’huile 
    → 65 % d’eau évaporée 
  • Rentabilité à partir de 500 T/an 

Infrastructure compacte (140 m²) 

  • Entièrement autonome en énergie : 450 m² de panneaux solaires 
  • Chaudière au kérosène pour la vapeur 
  • Systèmes anti-odeurs (ventilation, bassin filtrant, copeaux) 
  • Moyen humain : 4 salariés permanents 

Produits finis  

  • Farine en sacs de 20 kg ou big bags de 500 kg 
  • Usages : aquaculture, croquettes, porcs
  • Normes européennes respectées (mélange avec farine importée) 

4. Une valorisation par les insectes pour créer une source protéique 

La larve de mouche soldat noire (BSF) permet de transformer des biodéchets en produits valorisables : farine, huile et engrais. Elle offre une alternative durable pour l’alimentation animale et l’agriculture, tout en répondant aux enjeux de traçabilité et d’éco-responsabilité. Ci-dessous un exemple de valorisation.

bio-valorisation en Nouvelle-Calédonie

Une entreprise néo-calédonienne valorise les biodéchets grâce à l'élevage de larves de mouche soldat noire (BSF), transformant des déchets organiques en aliments pour animaux et fertilisants. 

Matières premières et production

100
tonnes de biodéchets traités
7
Tonnes de farine d'insectes
2
Tonnes d'huile
27
Tonnes d'engrais

→ 35 tonnes de produit fini 

Sources principales de biodéchets : 

  • Drêches de brasserie 
  • Restes alimentaires 
  • Casse de pommes de terre 

Elevage de larves bsf

  •  Transformation des biodéchets
  • Réduction du volume de déchets
  • Production de protéines et de fertilisants

Produits finis 

  • Farine et engrais destinés à l’agriculture et à l’alimentation animale 
  • Distribution locale avec nécessité de rester proche des gisements de déchets

Volume de traitement actuel :

  • 52 T/jour de déchets humides, 5 jours/semaine 
  • Environ 50 % d’humidité → équivalent 25 T de matière sèche/jour 

Conformité et qualité

  • Conformité basée sur les normes européennes. 
  • Tests et essais réalisés avec des éleveurs locaux. 


residus CARNE

Les sous-produits carne proviennent principalement du traitement des animaux dans les établissements de transformation ou d’abattage. Ils incluent des éléments comme les peaux, le sang, les phanères, les carcasses, les viscères et autres résidus organiques. Ces sous-produits sont riches en protéines et en matières grasses. 

Ci-dessous, un panorama des pratiques de valorisation des sous-produits d’abattoirs en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie et en Nouvelle-Zélande. 

La Polynésie française développe des solutions locales pour valoriser les sous-produits d’abattoirs. 

Deux principales initiatives sont à noter : la cuisson hygiénisante avec un cuiseur et le co-compostage avec le Biovator :

1. Traitement et hygiénisation des sous-produits d’abattoir avec un cuiseur T700 Ecodas 

Cette valorisation consiste à utiliser un cuiseur-vapeur industriel pour hygiéniser et transformer les sous-produits animaux en une « pâte » broyée et hygiénisée. Cette méthode permet un traitement rapide et sécurisé, mais soulève la question de la valorisation de cette pâte obtenue. 

Processus : 

  • Cuisson-vapeur, broyage et hygiénisation 
  • Production hebdomadaire : 2000 L de “pâte” non valorisé à ce jour
  • Cycle de cuisson de 30 min – Capacité : 250 kg


2. Co-compostage avec le « Biovator » 

Cette autre valorisation en co-compostage avec du broyat de végétal est très adaptée pour les résidus carnés de type intestins et tissus mous.  

Ce système de co-compostage en système fermé sous forme de cylindre inox, avec à l’intérieur une vis sans fin qui permet d’accélérer le processus de compostage. Le système fermé limite les gênes liées aux nuisibles (rats, poules, chiens) et les gênes olfactives. 

Processus : 

  • Compostage en tunnel inox, vis sans fin 
  • Faible consommation, solaire possible 
  • Réduction de volume : 1/4 de l’entrée 
  • Besoin d’un bon équilibre C/N pour éviter les odeurs 
  • Utilisation de broyats végétaux locaux (pureau, falcata) 
  • Nécessite un bon rapport carbone/azote (déchets verts + résidus carne)

L’Office de Commercialisation et d’Entreposage Frigorifique (OCEF) a mis en place deux filières industrielles de valorisation des déchets carnés : une unité de cuisson (USVA) pour produire de la farine animale, et une plateforme de compostage associée aux connexes des scieries. Ces dispositifs permettent de gérer une grosse partie des volumes de résidus carne produit par l’entreprise. 

1. UVSA – Unité de valorisation des sous-produits d’abattage 

  • 900 T/an traitées (750 T carne, 150 T sang) 
  • Les déchets sont convertis en farine de viande et de sang grâce à une cuisson à 132°C 

 

2. Plateforme de co-compostage 

  • 850 T de déchets carnés + 1700 m³ de copeaux de bois 
  • Température > 70 °C pour hygiénisation 
  • Compost réservé aux espaces verts et pépinières

  

Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande présente un large éventail de solutions allant du compostage artisanal en circuit court aux plateformes industrielles certifiées biologiques. La logique néo-zélandaise est différente de celle des DOM-TOM avec en général une plus grande flexibilité réglementaire. 

1. Compostage industriel certifié Biologique -  BioRich

Réalisation d'un compostage à grande échelle basé sur une aération forcée en andains. Elle valorise des volumes importants de résidus organiques en tout genre (fientes, carcasse, fumier, végétaux, boue de STEP…). 

Processus : 

  • 100 000 T/an traitées (50k azotés, 50k carbonés) 
  • 60 000 m³ de compost/an 
  • Compostage en andains avec aération forcée 
  • Produits vendus : compost, mulch, terre végétale  


2. Compostage artisanal en ferme -  Wholly Cow

Une ferme familiale réalise un compostage artisanal en circuit court. L’abattage se fait au sein de l’exploitation de même que le recyclage des matières et son épandage. Le compost est utilisé directement sur les pâturages de l’agriculteur.

Processus : 

  • Compost utilisé en pâturage sur ses 200 ha 
  • Troupeau : 3 000 bovins + 4 000 moutons 
  • Abattage sur l’exploitation :  

* 1 jour/semaine : 12 bovins + 50 moutons

* 4 personnes dédiées le jour de l’abattage 


Processus de gestion des déchets d’abattoir 

→ Traitement des panses : 

  • Panses ouvertes, contenu mélangé à du marc de café. 
  • Mélange intégré à un lombricomposteur (3 m³ sur moins de 2 ares). Régénération naturelle des vers. 

→ Gestion du sang : 

  • Stocké dans une cuve. 
  • Récupéré deux fois par an. 
  • Intégré ensuite au compost. 

→ Autres déchets d’abattoir : 

  • Compostés sur une parcelle dédiée. 
  • Mise en andain après chaque abattage. 
  • Mélange avec du fumier de cheval (fourni gratuitement par un centre équestre, seul le transport est à charge). 

→ Formation des andains : 

  • Base de fumier, déchets placés au centre, recouverts de fumier. 
  • Température estimée : 50-60 °C (pas de mesure précise). 

→ Maturation du compost : 

  • Andains laissés un an, puis rassemblés et laissés à nouveau un an. 
  • Compost épandu sur les pâturages de l’exploitation. 

→ Production annuelle estimée : ~1 000 tonnes de compost. 

  • Équipement utilisé : 1 tracteur / aucun broyeur.


3. Valorisation industrielle résidus abattoir -  Greenlea

Abattoir de grande capacité cherchant à valoriser ses sous-produits à travers différentes filières (sang, panses, peaux) en les exportant en NZ et à l’étranger. Ils ont un projet d’autonomie à court terme pour traiter eux même leurs résidus et les revendre.

Processus : 

Abattoir bovins – 1200 bovins/jour 

  • Traitement général des déchets : 

Le traitement est externalisé vers des entreprises néo-zélandaises spécialisées. Les déchets non valorisables localement sont transformés en meat and bonemeal puis exportés en Indonésie.  

  • Broyage sur site : 

Les déchets de coupe et carcasses sont broyés immédiatement après abattage. Aucun stockage réfrigéré – les déchets sont transférés dans un container extérieur.  

  • Évacuation régulière : 

Toutes les 3 heures, les déchets (panses, cornes, boyaux, etc.) sont évacués. 

  •  Valorisation du sang :​ 

Le sang est collecté directement dans des containers. Transformé en farine pour l’alimentation animale. 

  •  Valorisation des peaux : 

Les peaux sont vendues à des tanneries. 

  • Traitement des eaux : 

Les eaux de lavage sont épurées sur place via une station dédiée. Les boues issues du traitement sont envoyées chez Ecogas. 

  • Compostage des panses : 

Les panses sont vidées, leur contenu envoyé sur une plateforme de compostage Greenlea. Le mélange est réalisé au ratio de 2 tonnes de panses pour 1 tonne de déchets de scierie (Waltor compost). Compost utilisé dans les vergers sans restriction d’usage. 

  • Projet de traitement en interne : 

Greenlea prévoit d’internaliser tout le traitement des déchets. Une nouvelle usine est prévue pour 2024.


4. Lombricompostage à grande échelle – My Noke

L’entreprise My Noke utilise le lombricompostage à grande échelle pour valoriser différentes matières organiques dont les carcasses de volailles. 

  • 3 sites, gestion jusqu’à 120 000 T/an de résidus : carcasses volaille, biodéchets, boues STEP 
  • Processus 100 % lombricompostage 18 mois en moyenne, perte de masse ~80 %. 
  • Déchets valorisés : biodéchets ménagers, boues de STEP, déchets d’abattoirs (poulets, pattes, plumes, œufs), environ 30 tonnes/semaine. 
  • Structurants : Elément très important comme support pour les lombrics. Fibres de papier (pulpes) et cartons. Gisements difficiles à sécuriser. 
  • Zone de réception : plateforme bétonnée de 40 m × 40 m, stockage < 24 h avant mélange. 
  • Vers utilisés : tiger worms. Besoin de nourrir régulièrement car un ver mange son poids chaque jour. 
  • Andains : hauteur 80 cm, largeur 3 m, longueur 100 m. Pas de manutention après mise en place sauf tonte. 
  • Problème : présence de PFAS et microplastiques dans les cartons d’emballage. 
  • Criblage à 6 mm pour éliminer les inertes. 
  • Analyse du compost par lot ; en cas de contamination, dilution avec des lots plus propres. 
  • Difficulté à obtenir des autorisations d’exploitation (processus mal connu, réglementé comme compostage classique). 
  • Vente du compost : 29 $/T en vrac, 25 $/sac de 70 L. 
  • Lombrithé vendu 20 $/L ou 400 $/m³, épandu à 10 L/800 L/ha. 
  • 90 % du chiffre d’affaires vient du traitement des déchets, non de la vente des produits. 
  • Freins : coûts de transport/épandage, faible notoriété du lombricompost, présence de boues de STEP. 
  • Traçabilité des andains assurée via une application avec géolocalisation.

  

residus d'agro-transformation et industrie

Les résidus d’agro-transformation et industrie proviennent du processus de transformation de matières premières végétales, comme la canne à sucre ou les fruits transformés en alcool ou jus. Ces sous-produits, tels que les drêches, vinasses et les pulpes, sont riches en azote, phosphore et potassium. 


residus de scierie

Les résidus de scierie proviennent des activités de coupe et de transformation du bois en planche. Cette activité apporte donc le principal ingrédient du compost qui est la matière végétale carbonnée. Il faut cependant faire attention au type d'essence des arbres (tanin) qui peut parfois freiner l'activité des bactéries présentes dans le compost. 

Les sous-produits de scierie incluent principalement : 

  • Les dosses : Longues sections de bois issues de la coupe des parties superficiels du tronc. Majoritairement de l’écorce 
  • Les plaquettes : petites pièces de bois obtenues par le broyage des dosses. 
  • Les copeaux : tranches fines de bois issue du sciage ou du rabotage du bois. 
  • La sciure : très fines particules de bois produites lors de la coupe du bois ou du ponçage.

un potentiel sous-exploité en Polynésie française

Les résidus de scierie (copeaux, sciures, écorces) ne sont pas encore valorisés bien qu’ils représentent un gisement important.

une solution de co-compostage locale en Nouvelle-Calédonie

La plupart des connexes de scierie sont valorisés en co-compostage, une initiative innovante portée par l’OCEF valorise les déchets carnés issus des abattoirs en les compostant avec des résidus de scierie, notamment des copeaux de Pinus. Chaque année, ce sont 850 tonnes de déchets carnés qui sont mélangées à 1 700 m³ de copeaux, fournis par des scieries locales dans le cadre d’un partenariat structurant. 

Le processus repose sur des andains hebdomadaires, avec une montée en température à 70 °C assurant l’hygiénisation. La sciure trop fine est exclue, car elle gêne l’aération du compost. Les lixiviats générés sont récupérés et traités par lagunage, évitant toute pollution. 

Ce modèle circulaire serait à considérer pour les scieries conjointement avec les producteurs de matières organiques azotés.

 


2. L​es Matières d'origines urbaines


DéCHETS VERTS

Les déchets verts proviennent généralement de l'entretien des espaces extérieurs communaux et des particuliers. Ce sont généralement des tontes de gazon, feuilles mortes, branches, et tailles de haies. Ils sont souvent broyés pour être compostés.  


une ressource clé pour les sols et le compostage

Valorisation des déchets verts



Les déchets verts (tontes, branches, feuilles, etc.) sont les structurants essentiels au processus de compostage et co-compostage. Ils sont la source de carbone qui permet équilibre le mélange avec les sources organiques concentrés en azote (fiente, lisier, résidus carne …). 

Une autre voie de valorisation consiste à broyer les déchets verts pour les utiliser directement en amendement ou paillage sur le sol. Appliqués en surface ou incorporés dans la terre, ils améliorent la structure du sol, stimulent la vie microbienne et limitent l’évaporation de l’eau. 

Il est dommageable de brûler ces déchets verts : cela libère du CO₂, détruit une ressource précieuse et nuit à la qualité de l’air. Les valoriser localement par compostage ou retour direct au sol est la solution la plus durable et bénéfique. 

A noter qu'un déchet vert broyé se dégradera beaucoup plus rapidement et sera plus facilement utilisable en compostage ou en paillage.


Une plateforme de compostage de Taputapuatea : un modèle communal durable

Depuis plus de 20 ans, la commune de Taputapuatea, à Raiatea, développe une gestion durable et autonome de ses déchets verts. Initiée dès 1997, cette démarche s’est structurée autour d’un service de collecte et ensuite devenue en 2004 une véritable plateforme de compostage.

Portée par une vision à long terme, la commune a investi dans des équipements performants. L’organisation repose aujourd’hui sur une équipe de terrain dédiée, une gouvernance structurée via un SPIC Déchets Verts, et des agents formés au suivi technique du compost et des outils. 

Le compost produit est issu d’un mélange de déchets verts et de fientes, certifié "agriculture biologique" depuis 2022. Il est vendu localement, renforçant l’autonomie de l’île. 

Au-delà du traitement des déchets, la plateforme s’intègre dans des dynamiques plus larges : projets agricoles (culture de noni), pédagogiques (écoles, potagers) et expérimentaux (serre pilote). 

Taputapuatea propose ainsi un exemple concret de valorisation locale des déchets verts, fondé sur l’autonomie, la durabilité et le soutien des projets du secteur primaire. 


Le broyage des végétaux à domicile pour réduire les déchets verts en Nouvelle-Calédonie

La commune du Mont-Dore de Nouvelle-Calédonie a mis en place un service de broyage des végétaux directement chez les habitants, dans une logique de réduction des déchets à la source et de valorisation locale chez les particuliers.  

Processus :  

  • Intervention porte-à-porte avec broyeur de 75 m³/h 
  • 6 opérations de broyage/an par quartier 
  • Étiquette apposée sur les tas de végétaux : choix de conserver ou non le broyat par les particuliers

Résultats : 

  • 1 200 T de déchets détournés de l’enfouissement 
  • 60 % des foyers conservent le broyat pour un usage personnel 
  • 80 % de satisfaction des usagers 
  • Stabilisation des coûts pour la collectivité 

Organisation : 

  • Redevance globale : 10 500 F/trimestre par foyer 
  • Passage sur rendez-vous privilégié pour plus de flexibilité et un meilleur suivi

 

BIODECHETS MENAGERS

Un potentiel à exploiter

Les biodéchets ménagers de nos bacs gris sont actuellement enfouis et ne bénéficient d’aucune valorisation. Pourtant, ils représentent une part significative de nos ordures et constituent une ressource précieuse. 

Selon une étude réalisée en 2020 par le syndicat Fenua Ma, chaque habitant génère en moyenne : 

  • 17 kg/hab/an de gaspillage alimentaire, correspondant à environ 3 064 tonnes/an de produits non consommés. Ces produits, souvent des aliments achetés par les ménages mais jamais ouverts ou rapidement périmés.  
  • 58 kg/hab/an de déchets organiques divers (épluchures, restes de repas, petits papiers, etc.), recyclables et compostables. 
  • À cela s’ajoutent entre 275 et 350 tonnes/an de produits alimentaires industriels déposés au CET de Paihoro. 

En tout, environ 70 kg/hab/an de matière organique pourrait être valorisée au lieu d’être simplement jeter dans nos poubelles. 

 

Pourquoi valoriser ces biodéchets ? 

  • Réduction des volumes enfouis : En valorisant ces biodéchets, on limite la quantité de déchets enfouis, ce qui contribue à réduire l’impact environnemental pour nos îles. 
  • Amélioration de la qualité des sols : Des techniques, telles que le compostage, transforment ces déchets en amendements organiques qui enrichissent les sols et favorisent une agriculture locale plus saine. 
  • Promotion de l’économie circulaire : En réduisant le gaspillage alimentaire et en recyclant ces matières, on diminue la dépendance aux engrais chimiques importés tout en préservant nos ressources naturelles. 

En optimisant la valorisation des biodéchets ménagers, nous pourrions ainsi transformer une quantité importante de résidus en atout pour l’environnement et l’agriculture durable de notre territoire.



Il existe plusieurs moyens simples de valoriser vos biodéchets à la maison. Selon votre espace et vos habitudes, certaines solutions peuvent être facilement mises en place. 

Cela permet de limiter les odeurs et les asticots dans vos poubelles tout en produisant un compost naturel pour votre potager ou vos plantes. 

Le compostage est une méthode biologique de transformation des déchets organiques (épluchures, restes alimentaires, feuilles mortes, tontes...) en un amendement naturel, le compost. Le processus repose sur la dégradation et la digestion de la matière par des organismes vivants (vers, bactéries, champignons). 

Cette méthode repose sur la capacité naturelle des larves de mouches Black Soldier Fly (BSF) à décomposer rapidement les biodéchets. Elles transforment les restes organiques en une biomasse riche en protéines, idéale comme complément alimentaire pour les volailles. 

Pour celles et ceux qui possèdent un petit poulailler, c’est une solution à la fois efficace, écologique et économique ! 

Type de matériel : Kit d’élevage de larves de mouche Black Soldier Fly (BSF) qui permet : 

  • Transformation des biodéchets en protéines animales (larves d’insecte) 
  • Valorisation du résidu de digestion (frass) comme fertilisant naturel 
  • Kit adapté pour un foyer pour nourrir quelques poules, fourni avec bac d’élevage et système de rampe pour récolte automatique 
  • Pontes issues de collectes naturelles, élevage autonome sans produits chimiques 
  • Modèle circulaire d’alimentation animale locale, substitution partielle aux aliments importés 

Le lombricompostage 

En plus des mouches, une autre méthode efficace pour valoriser les biodéchets est le lombricompostage. Idéal en appartement ou en milieu urbain, il existe aujourd’hui des lombricomposteurs adaptés aux balcons et terrasses qu’on peut acheter dans les commerces. Toutefois le faire dans son jardin à même le sol reste plus économique. 

Le lombricompostage repose sur l’action des vers de terre (lombrics), qui digèrent les déchets organiques pour produire deux ressources : un compost fin et très riche, et un lombrithé, engrais liquide naturel. 

Conditions clés de réussite : 

  1. Bonne litière : matière absorbante comme la fibre de coco, le carton ou toute matière carbonée broyée. 
  2. Alimentation adaptée : les vers consomment la moitié de leur poids chaque jour. Les restes alimentaires sont parfaits, tout comme certains fumiers (volaille ou porc). 
  3. Humidité contrôlée : éviter le plein soleil et maintenir un taux entre 50 % et 85 %. 
  4. Aération : grâce à des retournements réguliers, elle évite l’asphyxie des vers. 
  5. Température modérée privilégier un endroit ombragé et protéger des nuisibles (poules, rongeurs…). 


Récolte : 

  • Le lombrithé doit être foncé pour être efficace. Une eau trop claire est un simple percolât. 
  • Pour séparer les vers du compost afin de toujours conserver vos lombrics tous en récupérant votre compost il existe plusieurs méthodes : 
    • Tamisage, 
    • Utilisation de la lumière (les vers fuient la lumière), 
    • Déplacement naturel (attirer les vers avec de la nourriture dans une autre zone). 

Cette technique discrète, sans odeur, s’adapte facilement à la maison et permet de produire un fertilisant 100 % naturel. 

Le système HomeBiogas, proposé par Go Green Tahiti, est une solution écologique innovante qui permet de valoriser les déchets organiques ménagers (restes alimentaires, déchets verts) en produisant deux ressources, biogaz et engrais, utiles pour la maison et le jardin. 

Fonctionnement : 

Les déchets sont placés dans un digesteur où, grâce à un processus de fermentation anaérobie, ils sont transformés en biogaz et en un résidu liquide riche en nutriments appelé digestat. 

Utilités principales : 

  • Biogaz : gaz naturel renouvelable utilisé pour la cuisson, ce qui réduit la consommation de gaz butane ou d’électricité. 
  • Engrais naturel : le digestat peut être utilisé comme fertilisant liquide pour nourrir les plantes et améliorer la qualité des sols. 

Avantages : 

  • Kit fourni avec une gazinière. Économies sur la facture énergétique (plus d’achat de bouteille de gaz) 
  • Facilité d’installation et d’utilisation, tout est fourni et installé clef en main 
  • Adaptée aux foyers isolés 

Valorisation des restes alimentaires en nourriture animale une opportunité à risque

La valorisation des eaux grasses (=restes alimentaires) présente à la fois une opportunité alimentaire et un enjeu sanitaire. 

Face à la hausse des coûts des aliments pour animaux, les eaux grasses sont parfois utilisées par les petits éleveurs comme alternative. Si cette pratique peut sembler économique et accessible, elle comporte de réels risques sanitaires. 

→ Un exemple de valorisation alimentaire en Polynésie française 

Le GDSA (Groupement de Défense Sanitaire Animal) alerte sur l'utilisation non réglementée des eaux grasses comme alimentation animale. Ces déchets liquides riches en graisses sont peu coûteux et abondants, mais posent des problèmes de santé animale. 

Enjeux : 

  • 60 % des maladies animales sont d’origine alimentaire (ex : Peste porcine africaine) 
  • Manque de traçabilité : incompatibilité avec les normes sanitaires actuelles 
  • Risques : contamination (plastiques, restes carnés), déséquilibre nutritionnel avec des carcasses non qualitative, transmission de maladies 

Pourquoi une opportunité en Polynésie : 

  • Alternative économique pour les petits éleveurs 
  • Évacuation simplifiée pour les producteurs de déchets 
  • Accessibilité immédiate, sans coût apparent 

Alternative proposées pour limiter le risque maladie : 

  • Traitement thermique des restes alimentaires pour réduire le risque maladie (30 min à 60°C)  

Gestion des biodéchets au Canada 

La Ville de Québec a adopté une décision politique majeure : l’interdiction de jeter les biodéchets dans les ordures ménagères. Cette mesure ambitieuse vise à favoriser le tri à la source, à réduire l’enfouissement et à encourager la valorisation organique. Le processus est encore en cours et demande une lourde logistique et une éducation forte de la population au tri.

Cette initiative peut servir d’exemple inspirant pour la Polynésie française, en matière de gestion durable des déchets. 


BOUES de stations d’épuration

Les boues de stations d'épuration (STEP) sont issues du traitement des eaux usées domestiques et industrielles. Bien qu'elles aient souvent une image négative, elles sont en réalité une ressource précieuse pour nos sols. Riches en nutriments comme l'azote, le phosphore et des minéraux essentiels, elles peuvent être valorisées après traitement, et hygiénisation, notamment comme amendement organique ou compost. 

Ci-dessous, nous présentons deux techniques de valorisation des boues issues des STEP, mises en œuvre hors de Polynésie française. La plus répandue est le co-compostage, tandis que la seconde, plus innovante et encore en phase d’expérimentation, repose sur l’utilisation de la mouche Black Soldier Fly (BSF)  

Valorisation par Mouches Soldat Noire (BSF) : une piste innovante en recherche en Nouvelle-Zélande 

Une autre méthode de valorisation des boues de STEP fait actuellement l’objet de recherches prometteuses : l’élevage de larves de Mouches Soldat Noire (BSF). Ce projet est mené depuis plusieurs années en Nouvelle-Zélande, notamment par le New Zealand Land Treatment Collective (NZLTC) en partenariat avec Veolia, qui a investi plus de 1,8 million de dollars néo-zélandais dans cette phase de R&D. 

L’objectif est de réduire le volume des boues par ingestion par les larves, tout en valorisant ces dernières, riches en protéines et en lipides, dans des applications cosmétiques (non alimentaires). Le processus s’avère 10 fois plus rapide que le compostage ou le lombricompostage, bien que des contraintes existent, notamment sur la réglementation et la gestion des déchets fibreux. 

Ce projet implique une large collaboration avec des acteurs publics et privés du Pacifique (Tonga, Palau, Kiribati), et cherche à répondre à plusieurs enjeux : 

  • Réduction rapide des volumes de boues grâce à l’efficacité des BSF. 
  • Modularité et faible empreinte carbone par rapport aux techniques classiques. 
  • Réduction des pertes de carbone, comparée au compostage traditionnel qui en élimine jusqu’à 50 %. 
  • Difficultés réglementaires : l’absence de cadre clair en Nouvelle-Zélande limite à ce jour les perspectives d’industrialisation. 

Ce projet, bien qu’encore en phase pilote, ouvre des perspectives innovantes pour des territoires insulaires souhaitant traiter localement leurs boues tout en explorant de nouvelles filières de valorisation à haute valeur ajoutée.

Valorisation des boues de STEP en co-compostage en Nouvelles Calédonie 

New Zealand Land Treatment Collective (NZLTC) – Association de recherche sur la gestion des déchets 

Mise en service : 2022 

Traitement annuel : 5 000 tonnes de boues issues de 8 STEP de NC 

Qualité du compost produit 

  • Compost normé NFU, stable et hygiénisé 
  • Conformité assurée par un suivi des températures et des tests de germination 
  • Contrôle rigoureux des traces métalliques pour garantir la qualité du produit final 

Partenariat tripartite 

Ce projet repose sur une collaboration entre : 

  • MANGO : opérateur en charge du compostage 
  • Calédonienne des Eaux : gestionnaire des boues issues des STEP 
  • Syndicat des communes : apport de déchets verts 




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